Kandahar, une ville kidnappée

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  • La capitale pachtoune est prise au piège entre le combat à mort des talibans et la mafia sauvage du gouvernement.
    Aucun jour ne passe sans un assassinat à Kandahar. Tantôt quelques policiers meurent dans une explosion, un autre jour un enfant marche sur une mine. La mort fait partie du quotidien au point que les Kandahari ne s’en aperçoivent plus. « Tant que je ne suis pas mort, je ne m’occupe pas des autres » ironise l’un d’eux.

    Ici, les étrangers ne mettent plus les pieds. Le kidnapping est un business juteux pour les malfrats du coin. Les Talibans rachètent à prix d’or ceux qui s’aventurent sur ces terres sans loi. Traverser le bazar de Kandahar donne une fausse impression de calme. Le silence, rompu par l’appel à la prière cinq fois par jour, confère au lieu une ambiance zen. On pourrait se tromper, croire que tout va bien dans le fief des Talibans. Mais Kandahar est le théâtre des complots, des alliances tactiques, des trafics en tout genre.

    C’est aussi le nouveau front de l’armée américaine. Son objectif : gagner les coeurs et les esprits de ce peuple hostile. L’enjeu est de taille, c’est à Kandahar, au début des années 90, que le mouvement à l’idéologie radicale de l’école indienne musulmane Deobandi est né. L’objectif des étudiants en religion était initialement de débarrasser l’Afghanistan de ses bandits corrompus. Chose qu’ils n’ont pas tout à fait réussie, mais qui a forgé leur réputation de bienfaiteurs auprès de la population.

    Depuis le début du renforcement de ses effectifs dans le Sud, l’armée américaine n’a jamais essuyé autant de pertes. 323 soldats sont morts au cours des huit premiers mois de 2010. Ce qui est plus que pour toute l’année 2009. Dans les prochains mois, les opérations devraient s’intensifier dans la capitale des religieux. L’Oncle Sam veut faire la loi parmi les justiciers islamistes. Les Talibans répliquent par la terreur. Tous les moyens sont bons : l’un après l’autre, ils assassinent ceux qui coopèrent avec le gouvernement mis en place par l’occupant. Un château de cartes s’écroule autour des Américains. Leur stratégie vise également à installer un tapis de mines tout autour de la ville.

    Les Kandahari, eux, sont contraints à l’attente, nerveux, sans voix. Bien que peu prennent parti, les civils subissent les deux feux. Il faut pourtant continuer à vivre, aller à l’école, au bazar, se rendre au travail… Une balle perdue ou une mine déclenchée au mauvais moment laisse un orphelin, emporte un frère, arrache une jambe, dévaste une vie ou tout à la fois. Les Kandahari sont otages d’un symbole, Kandahar.

    Philip Poupin, Afghanistan – 2008.