La décharge

Une vie en Enfer

Qui se soucie de l’environnement dans les pays en développement ? « Un quart des maladies affectant l’être humain sont attribuables aux risques environementaux, les enfant étant particulièrement vulnérables » affirme les Nations Unies. Quelque 4,7 millions d’enfants de moins de cinq ans meurt chaque année de maladies liées à l’environement selon des chiffres publiés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Si l’enfer devait être décrit, Dandora serait certainement sa meilleure représentation. Néanmoins, des gens réussissent à en tirer de quoi vivre. La décharge anarchique de la capitale kenyane nuit à la vie d’environ un million de personnes, et tout spécialement à celles des enfants.
Au départ, l’idée était de combler une vieille carrière de pierre. Mais, 35 années plus tard, c’est une des décharges les plus importantes d’Afrique et l’une des plus toxiques du monde. Cela a pris une dizaine d’années pour remplir le trou laissé par la carrière. Et depuis, le site de la décharge de Dandora, à l’Est de Nairobi, n’a cessé de déborder et couvre aujourd’hui une aire de 30 hectares, à tout juste huit kilomètres du centre-ville. En moyenne, 2000 tonnes de poubelles non triées arrivent à Dandora chaque jour, en provenance des hôpitaux, des industries ou des maisons particulières.
On imagine que les gens évitent, fuient cet endroit. En réalité, environ un million de personnes vivent dans et aux abords de la décharge, trouvant leurs moyens de subsistance dans les poubelles qu’ils fouillent chaque jour. Une économie informelle fondée sur le recyclage des poubelles des autres s’est créé. Les Dumpers, nom donné aux personnes travaillant dans la décharge (en anglais dump veut dire décharge – le Kenya est une ancienne colonie britannique), rammasent les emballages en plastique, les pièces de métal, ou encore les déchets ménagers et les rebus des entreprises pour nourrir les cochons.
À un age où ses semblables occidentales se préoccuperaient pour leurs carrières universitaires, Wangoï inspecte les collines de détritus mesurant jusqu’à 6 mètres de haut dans la décharge. La jeune fille a 19 ans ; elle trie les poubelles de Nairobi depuis une dizaine d’années. Avec un sourire timide, Wangoï explique qu’elle recherche principalement les emballages plastiques. « Je les vends entre deux et cinq shillings (kenyan) le kilo », précise-t-elle. Chaque jour, Wangoï espére gagner deux dollars, son unique salaire.
Couver le poison
Une étude, commandée en 2007 par le Programme Environement des Nations Unies (PENU), a établi que la moitié des 328 enfants testés aux abords de la décharge de Dandora avaient des taux de plomb dans leur sang excédant les niveaux internationaux acceptés. Le mercure et le cadmium sont dix à cinquante fois plus concentrés dans le sol de Dandora que dans les essais réalisés de l’autre côté de la ville de Nairobi. Les maladies, comme le cancer, apparaissent la plupart du temps des années après l’exposition aux polluants avance les Nations Unies.
Lydia se gratte toutes les nuits. Elle s’est rendu chez le docteur mais il n’a pu établir de quoi elle souffre. Aujourd’hui, la quarantaine, cette mère célibataire de six enfants vit dans les environs de la décharge depuis vingt ans. « Le loyer est moins cher que dans d’autres bidonvilles » justifie Lydia, se tenant sur son pas-de-porte, à une vingtaine de mètres des premiers détritus du dépotoire. Tous ses enfants toussent. Aucun d’entre eux travaille dans la décharge. Par conséquent, la contamination se fait par l’air que la famille respire et l’eau qu’elle utilise.
Manque de volonté politique
Perdu au milieu des collines de déchets, un pelleteuse s’active à enfouir les poubelles. Une geste inutile au regard des trente hectares de détritus pourrissant. Le million de gens vivant dans ou autour de Dandora – tous plus ou moins impliqués dans le tri des déchets – sont un million de fois plus efficaces. Hélas au détriment de leurs propres vies. Et personne ne semble interessé à employer régulièrement quelques uns d’entre eux, en leur donnant des masques de protection, des gants, et en interdisant les feux dans la décharge ainsi qu’en mettant en place quelques règles pour que le tri des poubelles se fassent plus rapidement et plus sûrement.
À la question de savoir où l’argent payé par les propriétaires de camion entrant sur le site va, un employé du département environemental de la mairie de Nairobi répond : « Vous connaissez notre pays ». La corruption semble être un autre poison qui n’a pas été listé dans les polluants dommageables à la santé des Kenyans. Les grandes villes africaines se développant à une vitesse folle – leurs nouveaux arrivants fuient les combats ou sont attirés par une imaginaire propérité – ne devraient pas attendre avant d’intégrer les sujets environementaux à la politique de la ville. Sinon, elles deviendront très vitre un enfer irrespirable pour l’ensemble de leurs habitants.
Philip Poupin, décembre 2008.

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